Le père Masson nous a commenté le célèbre tableau de Rembrandt, inspiré de la parabole du fils prodigue (Luc 15 11-32) :
- l'utilisation de la lumière pour mettre en valeur, sur la partie gauche du tableau, les retrouvailles du père et du fils.
- la posture du père, voûté par la vieillesse et les années d'attente, enveloppant littéralement son fils de ses mains, dans une attitude d'accueil
- la déchéance sociale du fils prodigue (vêtements en lambeaux, sandales usées jusqu'à la corde...)
- les mains du père : la main droite (à gauche sur le tableau) est une main de femme. "Si on nous parle le plus souvent de Dieu le Père, certains passages de l'Ancien Testament évoquent Dieu comme une mère, par exemple dans le livre d'Isaïe", a précisé l'abbé Masson
- le visage fermé du frère aîné, celui qui est resté fidèle, contrarié par l'accueil fait à son cadet qui a dilapidé l'héritage paternel : "il ressent cet accueil comme une injustice, explique le père Masson : lui a qui a toujours obéi au père n'a jamais reçu de récompense, pas même un chevreau pour faire la fête avec ses amis... Nous sommes parfois comme ce frère aîné, nous avons du mal à comprendre comment Dieu peut être à la fois juste et miséricordieux."
- en réponse à une question sur le sens du mot miséricorde, le père Masson a fait appel au sens hébreux du terme original "ça signifie littéralement être pris aux tripes, être miséricordieux c'est avoir la capacité de ressentir aux tripes, dans sa chair, la souffrance des autres."
Évangile selon saint Luc, chapitre 15, versets 11 à 32 :
[Jésus] dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son
père : mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le
père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils,
ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien
en vivant dans la débauche.
Lorsqu'il eut tout dépensé, une grande
famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla se mettre au service d'un des habitants du pays, qui l'envoya
dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier
des gousses que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en
donnait.
Étant rentré en lui-même, il se dit : combien d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j'irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes journaliers. Et il se leva, et
alla vers son père.
Comme il était encore loin, son père le vit et fut
ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui
dit : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis
plus digne d'être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs :
Apportez vite la plus belle robe, et l'en revêtez ; mettez-lui un anneau
au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le.
Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il
est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils
commencèrent à se réjouir.
Or, le fils aîné était dans les champs.
Lorsqu'il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les
danses. Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c'était. Ce
serviteur lui dit : ton frère est de retour, et, parce qu'il l'a
retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. Il se mit en
colère, et ne voulut pas entrer.
Son père sortit, et le pria d'entrer.
Mais il répondit à son père : voici, il y a tant d'années que je te
sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m'as
donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton
fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c'est
pour lui que tu as tué le veau gras !
Mon enfant, lui dit le père, tu es
toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi ; mais il fallait bien
s'égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et
qu'il est revenu à la vie, parce qu'il était perdu et qu'il est
retrouvé.